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Article du 22 octobre 2008 d’Annick LOUVEL et Thierry PHILIP
Dans cet article, Annick Louvel et Thierry Philip évoquent la réforme de la santé qu’ils souhaitent favoriser et des liens qu'entretiennent santé et environnement.
C’est ainsi qu’ils rappellent leur vœu de contribuer à préparer la tenue d’Etats généraux de la santé en 2011 et un projet de santé pour 2012, en exposant les raisons pour lesquelles il importe d’aider le Parti socialiste à accorder une plus large place à la santé. Les propositions pour promouvoir la santé et la médecine environnementales sont présentées et la place de l’écosanté précisée tandis qu’on interroge le cadre du développement durable au regard de la santé. Les deux auteurs situent enfin l’ambition de réformer la santé dans le contexte actuel d’accentuation de crise financière et de récession économique.
A noter que le présent article a d’abord été publié en tribune libre par le blog du Pôle écologique du PS, le 28 octobre 2008, une tribune qui concourt à un esprit constructif de coopération entre les courants d’idées du PS, qu’il parait essentiel de développer aux yeux d'A. Louvel et T. Philip.
Précédents textes coécrits par ces auteurs accessibles sur ce blog ainsi que sur celui de T. Philip :
- leur contribution, déposée le 2 juillet 2008 avec d'autres socialistes, en vue du congrès de Reims du PS (novembre 2008) "Transformer le système de soin en système de santé"
- l'article "Pour des Etats généraux de la santé", daté du 10 septembre 2008, qui s’inscrit aussi dans la perspective de ce même congrès.
Annick Louvel (PS Paris), Thierry Philip (délégué national du PS aux maladies chroniques et cancers, maire du 3è arrondissement de Lyon et vice-président de Région à la santé et au sport)
22 octobre 2008
Avec d’autres membres du Parti socialiste, nous avons déposé une contribution sur le thème de la santé en vue du prochain congrès du PS prévu en novembre 2008. Le titre en est : « Transformer le système de soin en système de santé ». Début septembre, nous l’avons complétée par un article s’intitulant « Pour des Etats généraux de la santé ». Explicitant les motivations de notre contribution thématique, il la résume en la rapprochant d'autres textes de même nature et traitant de divers aspects de la santé et il synthétise les propositions de santé des contributions générales, sous-jacentes aux six motions publiées depuis et bientôt soumises au vote. La promotion de la santé et de la médecine environnementales est l’un des enjeux que nous soulignons dans ces textes.
Nous souhaitons que le PS définisse et mette en œuvre une politique de santé intégrant l’ensemble des problématiques de santé. Depuis trop longtemps, en effet, des mesures se succèdent, traitant séparément l’hôpital ou la médecine de ville, l’intervention des acteurs publics ou privés, la prévention de différentes pathologies comme si rien ne les liait entre elles. Ces actions émiettées et incohérentes, les mesures jamais évaluées laissent se creuser des inégalités sociales et régionales de santé qui interrogent à la fois notre système « de santé », celui de protection sociale et les conditions sociales de nos concitoyens. Le gouvernement en place, qui met à mal les bases même de notre solidarité, aggravera encore de façon sensible ces inégalités.
En bref, l’orientation générale préconisée consiste à convertir notre organisation cloisonnée et centrée sur les soins vers une logique globale incluant aussi l’action sur les déterminants, l’éducation pour la santé, le soutien aux malades… Il s’agit de relever les défis démographiques, ceux des maladies chroniques, des inégalités aggravées de santé. Il s’agit de conduire les réformes qui permettront aux professionnels et aux organismes de santé de surmonter leurs difficultés et de répondre aux besoins et demandes de santé de l’ensemble des citoyens. Nous espérons toutefois que la loi Hôpital, patient, santé et territoire (HPST) permettra d’avancer d’un premier pas vers une meilleure organisation de la santé, dès 2009.
Nous proposons d’élaborer, pour 2012, un Projet pour la santé, un projet de réforme qui reposera sur des réflexions et débats publics menés avec les citoyens, les professionnels et les experts de santé. Il nécessite de mener d’ici là un travail de fond. Des groupes de travail créés prochainement définiraient, en 2009 et 2010, des objectifs prioritaires correspondant à chacun des enjeux de santé énoncés dans notre contribution et les moyens de les mettre en œuvre et financer. Les propositions de santé en résultant seraient présentées aux Etats généraux de la santé organisés en 2011.
En résumé, nous identifions 11 enjeux pour définir une politique de santé : 1) une vision de la santé après 60 ans appropriée au vieillissement de la population, 2) la transformation du système de soins en système de santé, 3) la santé des jeunes et des étudiants, 4) la promotion de la santé et de la médecine environnementales, 5) l’adaptation du système de soins aux réalités socio-sanitaires actuelles, 6) des soins primaires, clés de voûte du système de soins, dispensés par le généraliste coopérant avec les autres professionnels de santé, 7) la priorité à l’hôpital public, 8) un dossier médical personnel satisfaisant professionnels et usagers, 9) une réforme des études médicales et de santé servant les politiques de soins et de santé publique, d’innovation et de recherche, 10) un financement permettant l’accès aux soins et la promotion de la santé de tous les citoyens, et d’abord des plus vulnérables, et une juste rétribution des professionnels de santé, 11) le développement de la conscience des valeurs fondant notre système de solidarité et de santé et de la démocratie sanitaire.
Les propositions formulées sur cet axe concernent la formation, la recherche, l’information, l’éducation pour la santé et l’alerte. Proposition est ainsi faite de créer une spécialité de médecine environnementale dont les spécialistes auraient à rendre transparentes les réflexions et à alerter nos concitoyens sur les risques, les étudiants de médecine étant formés à ces questions dés le 1er cycle et les vieilles chaires d’hygiène remplacées par des chaires de santé environnementale. La reconnaissance d’une profession de « promoteur de santé », ouverte aux filières de sciences humaines, complèterait utilement la médecine environnementale. Il incombe aux pouvoirs publics de faire des efforts dans l’information et l’éducation pour la santé en matière de risques de l’environnement sur notre santé, les citoyens lanceurs d’alerte devant être entendus et l’ambition de faire progresser la culture globale santé et environnement au cœur des Maisons de santé des territoires et relayée par des Réseaux de Santé.
L’écosanté constitue aujourd’hui, en effet, un axe central d’une politique publique et globale de santé qui mettrait en œuvre le « droit de vivre dans un environnement équilibré et favorable à sa santé » (Charte de l’environnement, 2005), un droit qui pointe l’enjeu spécifique de la santé pour l’environnement. Notre approche de la santé s’inscrit, par ailleurs, de toute évidence dans une perspective de développement durable (DD) par les projets à long terme qui la fondent et par sa nécessaire prise en compte des interactions complexes des dimensions psychobiologiques, sociétales et environnementales. Les préoccupations humanistes qui s’y rattachent ne sauraient non plus ignorer l’état de la planète laissées aux générations futures ni l’importance du capital naturel.
Le DD constituerait, en effet, le nouveau cadre intégré d’une gestion équitable des domaines interreliés de l’économique, du social et de l’environnemental. Il s’intéresse de façon privilégiée aux conditions et à la qualité de vie et au bien-être, des dimensions auxquelles est liée la santé qui toutefois ne se ramène à aucune d’elles. Pour être opérationnel, il nous parait que le cercle vertueux des trois sphères consacrées du DD, supposerait de préciser la place qu’y occupe la santé, soucieuse d’efficacité, et la sphère sociale qui l’engloberait.
Les six motions en lice au congrès de 2008 évoquent la santé. C’est en soi un progrès même si les approches pourraient être critiquées. S’agissant des contributions générales, nous avons relevé certaines propositions et l’interrogation des modes d’appréhension de la santé par deux d’entre elles. A cet égard, nous avons constaté avec intérêt que le Pôle écologique du PS considère que la santé et la culture sont à privilégier autant que l’éducation et qu’il dénonce le « fétichisme » d’une croissance seulement mesurée par le produit intérieur brut (PIB) n’incorporant aucune donnée de santé humaine, de pauvreté et d’épuisement des ressources naturelles. Il nous a paru être rejoint, en la matière, par le mouvement Utopia qui met en exergue l’importance des activités de services dont celles de santé et souhaite voir compléter le PIB par d’autres indicateurs dont celui de développement humain (IDH) incluant des indicateurs de santé et d’éducation. Nos analyses et propositions paraissent converger avec ces repères et des propositions du Pôle écologique du PS : développement de la recherche des relations santé environnement, priorité donnée à la prévention dans les actions de santé publique et en y préservant le rôle de l’Etat.
Nous l’avons dit plus haut : nous pensons que la santé nécessite, en France, une réforme d’ensemble profonde à entreprendre au plus tôt. C’est la raison immédiate qui nous a fait rédiger une contribution pour le Congrès mais nous pensons aussi qu’un projet socialiste ne peut faire l’économie d’une politique de santé, santé qui est à la fois au cœur des droits fondamentaux, des processus inégalitaires et des valeurs humanistes. De façon générale, nous souhaitons aider le Parti socialiste à accorder une plus large place à la santé. On tend parfois, en effet, au PS, à n’aborder que les seules questions de santé en interface directe avec la protection sociale, voire à les restreindre à ce qu’elles représentent en termes de redistribution des richesses. Si nous ne minimisons pas ces principes économiques et de prévoyance solidaire qui sont au cœur du socialisme et sur lesquels repose notre système de santé, nous souhaitons que l’ensemble des dimensions de la santé soit investi de façon à rendre possible l’élaboration d’une politique et d’un programme de réforme de la santé.
Les circonstances actuelles de crise financière, qui reconcentrent l’attention sur la sphère économique, sont susceptibles de renforcer la déférence dont elle bénéficie communément vis-à-vis des autres dimensions sociétales dont on attend plus ou moins explicitement qu’elles lui soient simplement subordonnées, ce d’autant qu’elles sont perçues comme n’ayant que des liens lâches avec ladite économie (la culture, par exemple) ou que leurs activités relèvent des services plutôt que de la « production ». C’est le cas des activités de santé humaine qui reste difficile à considérer pour elle-même. Cet angle de vue descendant, au travers du prisme de l’économie, freine la compréhension approfondie de la réalité permettant l’action et ne répond pas à nos aspirations humanistes. N’avons-nous pas à cultiver une approche complexe attentive à l’ensemble des composantes sociétales et environnementales et à leurs interactions ?
Le contexte d’accentuation marquée de la crise financière rendrait-il aujourd’hui caduque notre ambition de réformer la santé ? Nous pensons qu’il n’en est rien, bien au contraire ! Les conséquences de l’approfondissement de la récession économique, auquel tout le monde s’attend (augmentation du chômage…) ne sauraient être sans impact sur les inégalités sociales de santé déjà croissantes en France. Comment ne pas craindre une baisse des ressources de l’Etat et des collectivités territoriales disponibles pour la santé et l’action sociale dans les prochaines années quand on prévoit un poids accru de la dette publique et une baisse mécanique des rentrées d’impôts payés par des sociétés dont l’activité diminue ? Un tel contexte économique ne redouble t-il pas l’intérêt d’associer l’ensemble des acteurs aux orientations de santé, y compris les professionnels, les malades et les usagers des services de santé à fin de déterminer les réponses les plus ajustées possibles aux besoins et attentes des usagers et les voies les plus efficientes et innovantes pour y parvenir ? Ce contexte économique légitime les efforts importants qui vont être accomplis pour en préserver le système mais il soulève aussi les questions de la pérennité des remédiations et de la façon dont celles-ci prennent en compte les effets sociaux prévisibles. Par là, il réaffirme le rôle fondamental qui revient au politique et à la puissance publique, un rôle que nous savons décisif en santé. Au plan international, les réponses apportées à la crise financière questionnent sévèrement les promesses non tenues il y a quelques mois pour faire face à la crise alimentaire pourtant bien moins couteuse et qui s’accentue.
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